"Urgence Algérie": note à l'adresse des parlementaires européens

 

Le mouvement populaire et citoyen algérien, le Hirak, entre dans son dixième mois - avec son atout décisif : le pacifisme. Ce mouvement, massif et inédit dans l’histoire de l’Algérie indépendante, a imposé le peuple comme un acteur majeur du champ politique. Il ouvre la voie de l’émancipation et de l’autonomie de la société à l’égard d’un système de pouvoirs autoritaire et inhibiteur. Il participe aux nouvelles dynamiques de contestations socio-politiques que nous observons ces derniers mois à l’échelle de la planète.

On peut s’étonner, sorti de l’effervescence médiatique de mars et avril derniers, du peu d’informations qui circulent aujourd’hui en Europe sur ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée. Et surtout du peu de réactions politiques. Pourtant, les répercussions régionales de ce mouvement vont être particulièrement déterminantes en matière de stabilité et de sécurité au Maghreb et en Méditerranée dans les mois et les années à venir.

Il a fallu attendre près de huit mois (28 septembre 2019) pour qu’une eurodéputée belge, présidente de la sous-commission des droits de l’Homme du Parlement européen, s’exprime. Elle apporte son soutien au mouvement algérien et dénonce les arrestations et condamnations arbitraires subies par les manifestants et autres dirigeants politiques de l’opposition. Plus récemment encore (21 novembre 2019), c’est un eurodéputé français qui annonce un débat au Parlement européen sur la situation politique en Algérie, suivi d’une résolution d’urgence.

Tardives certes mais salutaires, ces prises de position et celles à venir ne doivent pas se contenter d’affirmer des principes moraux de respect des droits de l’Homme. Elles doivent mettre le pouvoir algérien devant ses responsabilités, lui qui n’a cessé de les renier malgré ses engagements internationaux : signature et ratification du pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de torture et autres traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants, du pacte international relatif aux droits économiques et sociaux.

Dans le cadre des relations entre l’Algérie et l’Europe, il est utile de rappeler que les deux parties sont liées par un accord d’association signé en 2002 et ratifié en 2005 qui les engagent réciproquement. Certes, cet accord d’inspiration libérale, est particulièrement désavantageux pour l’Algérie sur le plan économique. Un marché de dupes qu’un gouvernement démocratique légitime se doit de demander la révision dans le sens d’un véritable partenariat stratégique qui va dans le sens d’une plus grande équité entre les partenaires.

Mais en matière de respect des droits de l’Homme il est sans équivoque. Ainsi dans son article 2, il est en effet stipulé que « Le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’Homme, tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, inspire les politiques internes et internationales de la Communauté et de l’Algérie et constitue un élément essentiel du présent accord ». Et l’évocation de ces engagements ne constitue nullement « une flagrante tentative d’immixtion dans les affaires intérieures de l’Algérie » comme le tonne le quotidien du pouvoir (El Moudjahid du 25/11/19) mais une rupture nécessaire avec les pratiques de complaisance dont l’Europe a toujours fait preuve jusque-là. A différentes occasions, elle n’a voulu faire respecter par ses partenaires du sud et de l’est de la Méditerranée leur souscription à cet article relatif aux libertés civiles et politiques et à la démocratie. Comme si elle se satisfaisait de proclamer et d’inscrire dans ses accords avec ses partenaires leur respect mais ne se sentait nullement engagée dans leur application effective.

Que cela soit clair, les Algériennes et les Algériens ne cessent de le clamer, il n’est nullement question d’une demande d’ingérence d’une manière ou d’une autre, d’une attente de « conseil » ou « d’expertise » es-démocratie. Il s’agit de rappeler à l’Europe et à son Parlement leurs engagements contractuels qui les obligent. Ils ne peuvent donc se murer dans le silence et l’inaction face à la dégradation de la situation politique et aux différentes atteintes aux droits de l’Homme en Algérie. L’Europe et son Parlement ne peuvent ignorer la demande massive et pressante du peuple Algérien pour une transition démocratique indépendante du régime, qui devrait consacrer l’Etat de droit garant des libertés individuelles et collectives. L’Europe et son Parlement doivent percevoir qu’il est dans leur intérêt d’avoir dans leur rive sud, des Etats démocratiques où les citoyens peuvent assurer leur présent et leur avenir dans la liberté et la dignité. C’est là le meilleur gage de stabilité et de sécurité dans la région.

 

Le 26/11/2019

 

 

 

 

 

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