« …, voir l’espace, fût-il interstitiel, intermittent, nomade, improbablement situé, des ouvertures, des possibles, des lueurs, des malgré tout. »

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Un site ? Une luciole !

Beaucoup de choses ont été dites et continuent de l’être sur cette Algérie prometteuse pour certains, désespérante pour beaucoup, mouvementée, troublante et insaisissable assurément.

Alors un site de plus. Un site en plus. Peut-être ? Mais sûrement un besoin pressant d’expression dans un espace personnel. Une volonté aussi, voire un souci, de partager avec les lecteurs intéressés toute idée, réflexion et débat sur l’Algérie dans son environnement maghrébin, africain et méditerranéen.

Le choix des rubriques correspond à ma trajectoire personnelle faite d’expériences professionnelles dans le monde universitaire en Algérie et en France (enseignements et recherches), mais aussi d’engagements personnels pour les libertés démocratiques et la défense des droits humains. Avec l’ambition minuscule, infime de pouvoir contribuer à éclairer certaines réalités complexes, les tensions diverses qui traversent l’Algérie, et qui nourrissent ce sentiment diffus d’un pays déboussolé, résigné et sans perspective.

Le site alors ? Une petite luciole qui se veut témoignage de leur persistance dans le ciel brouillé de ma chère Algérie.

SYSTEME DEGAGE Contribution au décryptage d'un slogan

 

« Le colonisé est un envieux. Le colon ne l’ignore pas qui, surprenant son regard à la dérive, constate amèrement mais toujours sur le qui-vive : « Ils veulent prendre notre place. » C’est vrai, il n’y a pas un colonisé qui ne rêve au moins une fois par jour de s’installer à la place du colon. »

Frantz Fanon, Les damnés de la terre

 

 

Le mouvement populaire et citoyen qui agite l’Algérie ces derniers mois a impulsé une dynamique de changement inédite dans l’histoire du pays depuis son indépendance. Il ouvre la voie de l’émancipation et de l’autonomie de la société à l’égard d’un système de pouvoirs autoritaire et inhibiteur.

Ce processus révolutionnaire a fait évoluer les mots d’ordre au fil des évènements et des mobilisations : refus, d’abord, du cinquième mandat et de la prolongation du quatrième; puis, rejet des élections programmées et des figures du pouvoir, etc… Mais le mot d’ordre, « Système dégage ! » - scandé systématiquement depuis le début du mouvement – bouscule le statu quo mortifère imposé à la société par le pouvoir autoritaire depuis des décennies.  Il interpelle aussi une pensée enfermée dans des schémas analytiques relativement datés et, surtout, peu explicatifs des phénomènes sociopolitiques en cours.

 

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La corruption ne constitue pas une exception mais la règle, le mode de fonctionnement régulier et normal du système lui-même.

Texte de l'interview réalisé avec Rosa Moussaoui du quotidien l'Humanité

 

1/ Dans son dernier discours, le général Gaïd Salah, pour justifier son opération « mains propres », tient la corruption pour la cause principale de la conjoncture économique dégradée de l’Algérie. Que pensez-vous de ce diagnostic ? 

 Le général Gaïd Salah ne cesse de dire qu’il faut se conformer à la Constitution alors que lui et ses pairs ne cessent de la bafouer. De quel droit un militaire, fût-il le chef de l’état-major peut se permettre de s’immiscer dans des affaires de justice, d’ordonner, car c’est le cas, des arrestations qui ciblent les membres et les clients du clan de Bouteflika. Et quelle est cette justice, encore aux ordres du pouvoir politique (ici l’état-major de l’armée) qui pourrait traiter des affaires de corruption. Une grande partie du corps des magistrats est elle même touchée.  A ce sujet, il ne faut pas oublier l’affaire Khalifa il y a quelques années. Tout indique donc que nous sommes plutôt dans un cycle de règlements de compte et non pas de lutte contre la corruption. Celle-ci, par ailleurs, n’est pas apparue avec la présidence Bouteflika, car elle est consubstantielle au système de pouvoirs mis en place depuis l’indépendance.  

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